Rencontre avec Stéphane Kenech : « L’Algérie est belle lorsqu’elle est unie et ouverte »


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Commençons par planter le décor : « Raconte-Arts » 2014 dans une chaude journée du mois d’août, au village d’Agoussim, du café au lait et du ‘’K’hfaf’’ (S’fendj) généreusement servi par les habitants, le tout sur un fond musical made in dame nature. Un jeune homme à la carrure longitudinale, sur un bord d’escalier y était assis. Mon  7ème  sens (Masami Kurumada appréciera) me disait :’’ tu es en face de ‘’quelque chose’’ d’assez exceptionnel’’. Une semaine plus tard, une amitié était née, des souvenirs à la pelle, et UN moment  ‘’magi-stueux’’… Pitfall Harry … ?! Repasse plus-tard. La tout de suite c’est Stéphane Karim Kenech. Entrevue.

 

stephane-kenech-babeddart1–Salut Stéphane, parle-nous de ce que tu fais exactement.

Je pars aux quatre coins du monde avec ma caméra pour raconter des histoires. Je réalise des documentaires pour essayer de changer le regard que l’on porte sur notre monde. En fait, mon objectif, c’est de raconter des histoires positives et de filmer des personnes qui veulent bouger les lignes.

 

–Comment tout ça a commencé ? Quel a été ton parcours ?

Après une licence de lettres à l’Université de Lille, j’ai intégré l’ESEC, une école de cinéma à Paris. Depuis la fac, je me balade partout avec mon appareil photo pour capturer des séquences de vie.  Lorsque j’ai terminé mes études de cinéma en option documentaire, j’ai intégré une société de production de documentaires en tant que stagiaire à Ego Doc. Sur 4 ans, je suis passé de stagiaire à directeur de production. J’ai eu la chance de travailler sur 15 documentaires axés sur la culture, le cinéma et la société. Durant cette période, j’ai côtoyé un grand nombre de réalisateurs et touché un peu à tout (écriture, développement, production, assistanat à la réalisation, montage). Puis sur un coup de tête, je me suis lancé seul en freelance. Aujourd’hui, je propose des idées de reportages à mon producteur qu’il propose aux chaînes de télévision. Lorsque le sujet est vendu, je pars le réaliser.

 

— Dernièrement,  tu as gagné un prix au Festival International du Grand Reportage d’Actualité (FIGRA) pour le documentaire « Rêves parties » que tu as réalisé en Iran. Parles-en nous plus.

C’était incroyable d’être au milieu des plus grands réalisateurs de reportages et de documentaires. Lorsque j’ai réalisé « Rêves parties » je n’aurais jamais imaginé me retrouver un an après sélectionné dans l’un des plus grands festivals de reportages. Je pense que « Rêves parties » a séduit, car on découvre une autre facette de l’Iran, celle d’une jeunesse qui étouffe et qui prend des risques pour obtenir quelques heures de liberté. De plus, ça été un tournage compliqué, car je suis rentré illégalement sur le territoire iranien. Vu que je filme de l’alcool et des jeunes qui défient le pouvoir, je ne pouvais pas demander de visa presse, sinon j’aurais eu une personne du gouvernement sur le dos. Le seul moyen de passer du temps avec ces jeunes, c’était de prendre le risque de se faire passer pour un simple touriste. Faire sortir les images n’a pas été une chose évidente, j’aurais pu passer quelques années en prison en Iran.

 

–J’imagine que c’était une énorme consécration pour toi, quel a été ton sentiment sur le coup ?

C’était ma première participation à un festival donc forcément une grande fierté. Mes parents avaient fait le déplacement, j’étais ravi de pouvoir leur offrir ce moment.

 

— J’ai eu la chance de le voir en avant première sur cette terrasse à 3h du matin, c’était réellement  un  moment ‘’magi-stueux’’, Je t’en remercie (rires)

On venait juste de finir le montage, vous étiez vraiment les premières personnes à le découvrir.

 

–Je pense que dans la conscience collective, être reporter est synonyme de voyages et de belles histoires mais en dépit de tout cela, le travail et la vie que tu as choisi de mener est une vie de faite de risques, de dangers et de contraintes. Qu’en est-il en vrai ?

On peut rapidement perdre ses amis, car on passe beaucoup de temps à l’étranger. Lorsqu’on rentre de tournages compliqués comme en Irak ou en Iran, on en revient bouleversé. On est confronté à la pauvreté, les risques d’arrestation ou de kidnapping. Il faut du temps pour se reconstruire. Lorsqu’on est sur place, on rentre dans une bulle, on ne se rend pas vraiment compte des risques que l’on prend. Par exemple, j’étais face à Daech à 30km de Mossoul sur la ligne de front avec les Peshmergas Kurdes. C’est seulement en rentrant que je me suis rendu compte que j’ai été face à la pire absurdité de cette décennie.

 

–Pour toi, quelle est la place de l’Algérie dans ce domaine, je n’ai pas l’impression que l’Algérie  soit particulièrement productive sur cette échelle.

Pour avoir essayé de tourner en Algérie, il est très compliqué d’obtenir des autorisations de tournage. Dès que l’on sort la caméra, il faut montrer un document du gouvernement pour continuer de tourner. Je pense que le gouvernement algérien a peu être trop de choses à se reprocher pour laisser des journalistes faire leur travail. J’imagine que pour les journalistes/reporters algériens ont les mêmes problèmes.

 

–Combien de pays as-tu fais ?

61.(Nous vous proposons ci-dessous un diaporama)

 

Stephane-Kenech-babeddart–Une expérience qui t’a particulièrement marquée ?

Un voyage de 3 jours en train entre Ankara (Turquie) et Téhéran. Une expérience incroyable au milieu de magnifiques paysages.  J’ai vécu 3 jours avec des Iraniens qui avaient la liberté de faire ce qu’ils voulaient (seulement sur le territoire turc). Les femmes étaient heureuses de ne pas porter le voile.

 

–Qu’en est-il de ton périple en  Algérie, dans la profonde Kabylie, quel(s) souvenir(s) gardes-tu ?

Je remercie encore tous les organisateurs de « Raconte-Arts » et les habitants d’Agoussim de nous avoir permis de vivre ce moment. Pendant une semaine, nous avons eu la chance de vivre l’expression « le vivre ensemble ». Il y avait des artistes du monde entier, de toutes couleurs. Ce festival m’a donné de l’espoir en l’homme, en l’Algérie aussi. L’Algérie est belle quand elle est organisée comme ça, elle est belle, lorsqu’elle est unie et ouverte. Je recommande chaudement de vivre cette expérience.

 

–Des projets en cours ou futurs ?

Je reviens de tournage en Irak, mais malheureusement pour ma sécurité, je ne peux pas trop en parler, car je dois y retourner en Septembre. En tout cas, ça risque d’être surprenant. Ce reportage sera diffusé sur un nouveau site Internet  «Spicee»  qui propose des reportages exclusifs.

 

–Un reportage sur l’Algérie ? (rires)

J’ai beaucoup été occupé ces derniers mois. Après mon tournage en Irak, je vais commencer à réfléchir à des reportages en Algérie. J’aimerais travailler sur la question de l’identité des Franco-Algériens.

 

–Un dernier mot pour Bab edd’Art et ses lecteurs…

Souvent je me répète cette phrase de Charles Bukowski : « Certains ne deviennent jamais fous…leurs vies doivent être bien ennuyeuses ». Je trouve qu’elle fonctionne bien pour les artistes et les personnes ouvertes.

 

–C’est donc sur ces sages paroles que je te remercie  Stéphane, ce fut un plaisir.

Plaisir partagé, merci Massine et merci Bab edd’Art.

 

 

Pour regarder le documentaire « Rêves parties » : 

 

 

 

 

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A propos de l'auteur

Massine Kelaï

Massine Kelaï

Comme dirait le maître moustachu : ''Mourir pour des idées mais de mort lente''.

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